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Communiqué de presse


Fidèle à son partenariat avec le Frac Languedoc-Roussillon, le Site archéologique Lattara – Musée Henri Prades s’associe à l’anniversaire national des 30 ans des FRAC, avec une invitation faite à Hubert Duprat pour une exposition dédiée à une production inédite. En la circonstance, cet artiste qui use volontiers de la démultiplication des formes, a proposé une installation d’envergure : un mur de 20 mètres de long qui viendra scinder de part en part l’espace consacré à l’exposition permanente de Lattara. Réceptacle d’un ensemble d’éléments en terre cuite imbriqués dans la paroi verticale, cette sculpture monumentale, produite in situ, agira en contrepoint perturbateur des collections archéologiques. Au fil de cette trajectoire imposée, le spectateur sera confronté à la découverte frontale d’un nouvel itinéraire jalonné de formes réflexives, hypnotiques, acoustiques et poétiques, une épopée odysséenne en quelque sorte…


Commissaire associée : Isabelle Grasset, directrice adjointe du musée












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Exposition du 31 mai au 29 septembre 2013. Site archéologique Lattara - Musée Henri Prades de Montpellier Agglomération, 390 route de Pérols - 34970 Lattes. Tél.: +33 (0)4 67 99 77 20. Ouverture tous les jours sauf mardi de 10h à 12h et de 13h30 à 17h30, samedi et dimanche de 14h à 19h. Fermeture les jours fériés.

  Hubert Duprat
  Site archéologique Lattara - Musée Henri Prades, Lattes
  31.05 - 29.09.2013

Hubert Duprat, Site archéologique Lattara

Le texte d’Emmanuel Latreille

Hubert Duprat aborde le contexte du Musée Henri-Prades et du site archéologique Lattara en autodidacte distingué* : il a longtemps pratiqué la fouille et certaines de ses oeuvres ont conservé la mémoire de techniques archéologiques, notamment les Cassé-collé des années 1991-1994, qui évoquent les travaux fondateurs de l’archéologue François Daleau sur les silex. Lui-même spécialiste de certaines céramiques d’origine romaine (la « terra sigillata »), Hubert Duprat envisage le site de Lattara guidé par une sorte de tic professionnel, le nez tourné vers le sol à la recherche de… pots !

C’est pourtant dans le musée et non sur le site qu’il lui faut engager l’expérience d’une improbable « récollection » artistique et non plus scientifique. Or, le musée trahit le terrain, exige un redressement du plan, un oubli de l’horizontalité, sans pour autant lui offrir un espace spécifique. L’artiste a par conséquent décidé de construire un mur qui puisse sembler appartenir depuis toujours à l’aménagement intérieur du musée, mais qui ne se confonde pas pour autant avec les artefacts antiques. À l’aplomb de la mezzanine du deuxième niveau, un mur moulé en plâtre sera construit, avec des proportions qui tiendront compte des dimensions des poutrelles du bâtiment et qui conserveront aux espaces leur fonction de circulation et de présentation muséographique.

 


Ce mur de 14 cm d’épaisseur, d’une longueur de 18 mètres et d’une hauteur de 2,35 mètre (sous réserve de modifications !) sera traversé de milliers de pots en terre, ce type de pots produits en quantité industrielle que l’on peut se procurer chez les grossistes du jardinage… D’un côté du mur, les « bouches » affleureront à la surface du plâtre, de l’autre, les « culs » émergeront de manière inégale, en fonction bien entendu de la grosseur des pots. Les plus larges présenteront un diamètre supérieur de 50 cm – ce qui leur permettra de contenir une dizaine de pots de dimension inférieure – les moins larges feront 25 cm de diamètre et pourront en accueillir trois ou quatre. Empotés ainsi par ordre de taille, ces récipients modernes obéiront finalement à la gravité (juste rappel de la situation archéologique…), leurs ouvertures offrant aux visiteurs une circularité progressivement décentrée.

Il n’est pas exclu que quelques visiteurs particulièrement imaginatifs considèrent cette sculpture sous l’angle d’une authentique « reconstitution » (« Les présentoirs de la Grèce classique n’étaient pas très pratiques, mais qu’est-ce qu’ils étaient beaux ! »). Il ne sera pas tout à fait fairplay de leur en faire le reproche, une partie du travail d’Hubert Duprat envisageant la création dans le cadre d’une interrogation générale sur le mimétisme, sa fonction dans la nature comme ses enjeux spécifiquement culturels. Que d’autres visiteurs soient fascinés par ces « ocelles » profondes et croient leur échapper en évoquant les Roto-reliefs de Marcel Duchamp, les cibles de Jasper Johns ou les yeux de ses chats, relèvera, bien entendu, d’un identique malentendu.

 

La réalisation d’une oeuvre ou d’une exposition, c’est avant tout pour Hubert Duprat tenter d’établir une situation instable entre des éléments à fort quotient d’incompatibilité. Ainsi qu’un processus de cristallisation, il se peut qu’un germe inattendu vienne alors bousculer les équilibres dissymétriques à la surface d’une auge boueuse, provoquant le renversement croissant des qualités en diverses ordonnances caillées.

Résumons : quelques milliers de pots en terre cuite, des centaines de kilos de plâtre liquide… Manque le germe.

« - Hue ! Lisse ! »


Hubert Duprat a notamment obtenu en 1976 le prix scientifique Philips pour les jeunes grâce à une étude concernant les sigillées découvertes lors de fouilles de sauvetage à Agen.

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